BCI - Bureau de coopération interuniversitaire (anciennement connu sous le nom de « Conférence des recteurs et des principaux des universités du Québec » CREPUQ)

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Lettre d’opinion : Pour former la meilleure relève, bien financer les universités

La version complète de cette lettre d’opinion transmise aux chefs des principaux partis politiques québécois est disponible à l’adresse suivante : http://www.crepuq.qc.ca/spip.php?article1398

Il est avéré depuis au moins 2002 que les universités québécoises sont sous-financées par rapport aux universités canadiennes à l’égard de leur budget de fonctionnement, celui destiné principalement aux activités d’enseignement. Les travaux réalisés par le comité conjoint formé par la Conférence des recteurs et des principaux des universités du Québec (CREPUQ) et le ministère de l’Éducation avaient permis d’évaluer alors ce sous-financement à 375 M$ par année . Une mise à jour des travaux effectuée en 2010 a établi le sous-financement en 2007-2008 à 620 M$ , et ce, malgré les réinvestissements consentis par le gouvernement du Québec.

Cela signifie que pour la seule année 2007-2008, nos universités avaient globalement 620 M$ de moins que la moyenne des universités canadiennes pour embaucher des professeurs et du personnel de soutien, favoriser le soutien pédagogique et l’encadrement des étudiants, assurer le maintien des collections en bibliothèque, des équipements technologiques et des instruments de laboratoire, entre autres besoins criants.

Cette réalité du sous-financement des universités a été reconnue par la très grande majorité des intervenants, incluant la Commission parlementaire de l’éducation , en 2004, 2007 et 2011, et les associations étudiantes , en 2010.

Réinvestir dans le corps professoral et l’encadrement des étudiants

Les professeurs sont au cœur de l’activité universitaire. Ils enseignent, font de la recherche, développent des méthodes pédagogiques, encadrent les étudiants, supervisent les stages, exercent diverses activités de tutorat et d’appui à la réussite de leurs étudiants. Au cours des 15 dernières années, le ratio du nombre d’étudiants par professeur n’a cessé de se dégrader. Il faut renverser la vapeur et augmenter le nombre de professeurs.

Il faut aussi augmenter le personnel de soutien qui assure un apport très important pour l’activité universitaire et pour le bon fonctionnement de la vie quotidienne des étudiants dans les laboratoires, les bibliothèques, les services informatiques, les registrariats, les secrétariats, les services aux étudiants, etc.

Mise à niveau et entretien des équipements et des espaces

Nous devons également nous assurer d’un environnement stimulant tant pour les étudiants que pour les professeurs. Il faut donc investir dans les technologies de l’information et des communications, les espaces de recherche associés à la formation et les bibliothèques.

Une gestion universitaire rigoureuse et très contrôlée

Les universités sont dirigées par des instances agissant avec professionnalisme et dans le meilleur intérêt de la société québécoise : conseils d’administration, sénats et commissions des études, où siègent des étudiants, des professeurs et des représentants des milieux socio-économiques.

Elles sont gérées avec rigueur et sont assujetties à de nombreuses normes légales et réglementaires ; de plus, elles accordent une grande importance à la reddition de comptes. Des améliorations sont certes possibles, et les universités sont toujours prêtes à les apporter. Mais il est utopique de croire en la possibilité de combler le manque de financement des universités en améliorant leur gestion.

Quant aux projets immobiliers, ils répondent à une nécessité. Le nombre d’étudiants EETP (étudiant en équivalence au temps plein) a augmenté de 30,6 %, soit de près de 50 000 en dix ans, et il est toujours en progression.

La question de l’accessibilité

Les universités veulent que les études universitaires soient accessibles à toute personne qui en a les capacités, indépendamment de son origine socio-économique. C’est un principe fondamental qui guide constamment leurs actions.

Ainsi, en plus des mesures gouvernementales de soutien financier aux études, nos établissements et leurs fondations offrent des mesures d’aide financière aux étudiants telles des bourses, une aide financière de dépannage, des emplois sur le campus et même, dans certains établissements, un revenu minimal garanti aux étudiants de 2e et 3e cycles. La valeur annuelle de ces mesures atteint le demi-milliard de dollars.

Les universités et la CREPUQ entendent suivre de près l’évolution de la participation universitaire afin de s’assurer du maintien de l’accessibilité. Si le besoin s’en fait sentir, elles proposeront des mesures additionnelles d’aide financière aux étudiants.

Dans quel état, l’université de demain ?

Le développement social et économique du Québec est tributaire de la vigueur des établissements universitaires, de la qualité de la formation que la jeunesse du Québec y reçoit, du dynamisme de la recherche qui s’y mène et de la force et de la pertinence des liens que les universités nouent ici même avec leurs communautés locales, et avec des universités du monde entier.

Les débats actuels ne doivent pas nous détourner des véritables enjeux liés au financement de notre réseau universitaire. La situation financière des universités se précarise depuis trop longtemps et les signes de leur fragilité croissante se multiplient.

Plus que jamais, la question du financement adéquat des universités est urgente et primordiale.

Luce Samoisette
Présidente du conseil de la CREPUQ
Rectrice, Université de Sherbrooke

Daniel Zizian
Président-directeur général de la CREPUQ