BCI - Bureau de coopération interuniversitaire (anciennement connu sous le nom de « Conférence des recteurs et des principaux des universités du Québec » CREPUQ)

Accueil » Interventions de la CREPUQ

Lettre d’opinion - Une démonstration rigoureuse du sous-financement universitaire

Dans le contexte actuel où certains intervenants se questionnent sur le sous-financement universitaire, il nous apparaît important de rappeler les deux études rendues publiques par la CREPUQ, l’une en 2002 et l’autre en 2010, qui en ont démontré la réalité de façon rigoureuse.

Le cadre méthodologique de l’étude de 2002 a été construit par un groupe de travail auquel a participé le ministère de l’Éducation et validé par la firme Raymond, Chabot, Grant et Thornton (RCGT). En ce qui a trait à l’étude produite en 2010, la fiabilité de la méthodologie utilisée et les résultats obtenus ont été confirmés par le Centre interuniversitaire de recherche en analyse des organisations (CIRANO). Les données utilisées sont celles de Statistique Canada et de l’Association canadienne du personnel administratif universitaire (ACPAU), données dont personne ne conteste la validité.

L’existence du sous-financement a été amplement discutée au cours des dernières décennies et reconnue à plusieurs reprises par des commissions parlementaires en 2004, 2007 et 2011. Tous les partis politiques qui ont participé à ces exercices en ont reconnu la réalité, ainsi que toutes les associations étudiantes à plusieurs reprises et aussi récemment qu’en 2010.

Les analyses soutenant que le sous-financement des universités n’existe pas reposent sur un même argument : lorsque l’on additionne les budgets d’immobilisation et de recherche aux budgets de fonctionnement, les universités québécoises reçoivent plus d’argent que la moyenne canadienne par étudiant. Cela est exact, mais cette façon de procéder donne un portrait faussé de la réalité. Voici pourquoi.

Aucune université ne peut prendre la décision de transférer des montants du budget de recherche au budget de fonctionnement, car la quasi-totalité des fonds destinés à la recherche n’appartient pas à l’université, mais plutôt aux chercheurs à qui des montants ont été octroyés par les organismes subventionnaires externes. Lorsqu’un chercheur obtient une subvention pour un projet de recherche, celle-ci est versée à son établissement sous réserve qu’elle soit utilisée uniquement pour la réalisation du projet de recherche pour lequel il a obtenu la subvention. En conséquence, cet argent ne peut aucunement être utilisé pour défrayer les coûts liés à l’enseignement.

Par ailleurs, cette façon d’analyser la situation financière des universités laisse entendre qu’il serait acceptable de déshabiller la recherche pour habiller l’enseignement. Ce n’est pas ainsi que l’on construira un Québec fort et prospère ! Les professeurs chercheurs et les étudiants des cycles supérieurs qui bénéficient de ces subventions seraient les premiers à en payer le prix.

Pour ce qui est des budgets d’immobilisation, ceux-ci répondent à la croissance importante de la clientèle étudiante qui a augmenté de plus de 30 % au cours des dix dernières années. Par ailleurs, les bâtiments construits il y a des décennies vieillissent et doivent être rénovés et les équipements modernisés. C’est en reconnaissance de ces incontournables réalités que le gouvernement, après une évaluation des besoins, accorde aux universités des budgets d’immobilisation.

Le Bulletin statistique de l’éducation de 2011 du ministère de l’Éducation repose précisément sur ce regroupement inapproprié de fonds, ce que les auteurs du document reconnaissent d’ailleurs en soulignant qu’ « il aurait été souhaitable de présenter des données distinctes pour la dépense de fonctionnement (sans les dépenses relatives à la recherche et aux immobilisations) … ». De surcroît, il aurait fallu pondérer les populations étudiantes afin de les rendre comparables d’une province à l’autre. Le ministère des Finances du Québec a tenu compte de ces deux biais dans le document L’avenir des universités et leur contribution au développement du Québec (décembre 2010), document qui confirme un financement de l’enseignement moins élevé par étudiant pondéré au Québec par rapport au reste du Canada, soit 17 454 $ contre 19 688 $.

Les études de la CREPUQ sur le sous-financement sont rigoureuses. Elles sont publiques et facilement disponibles (www.crepuq.qc.ca). Quiconque ayant des questions à l’égard de ces études est invité à nous en faire part. Nous les recevrons avec ouverture et nous y apporterons toute l’attention requise.

Le Sommet sur l’enseignement supérieur doit être l’occasion d’un nouveau pacte entre la société québécoise et ses universités. Pour qu’il soit un véritable succès, il devra apporter une solution viable et permanente au sous-financement des universités et renforcer l’accessibilité aux études universitaires. La CREPUQ entend collaborer avec tous les partenaires qui voudront travailler dans cette voie.

DANIEL ZIZIAN Président-directeur général Conférence des recteurs et des principaux des universités du Québec (CREPUQ)